Interview Martial Farine

Martial Farine a soif de toujours plus de connaissances sur la nature. Lors de cette entrevue, il nous détaille ses nombreuses casquettes et nous fait état de la biodiversité des Franches-Montagnes, en espérant interpeller sur la nécessité d’agir.

« Par où commencer… », hésite-t-il, le sourire aux lèvres. Laborantin en biologie de formation, Martial Farine est aussi garde faune auxiliaire pour le canton du Jura, expert en contrôle de champignons, président de l’association ornithologique « Le Pèlerin », ornithologue, chasseur. Il exerce aussi comme figure politique locale : conseiller général aux Bois et président du parti socialiste des Franches-Montagnes.
Eminent connaisseur de la nature, Martial agit activement pour la conservation du patrimoine naturel de sa région.
Franc Montagnard depuis toujours, il aime contempler son pays et c’est aux Sommêtres, entre deux coups de jumelles pour examiner tout ce qui vole, que Martial s’est prêté au jeu de l’interview. Il expose l’état actuel de la biodiversité dans les Franches-Montagnes, de la chasse et de la cohabitation entre l’homme et les autres animaux.

Cela fait plusieurs années que vous suivez de près la biodiversité des Franches-Montagnes, où en est-elle aujourd’hui ?

Lors des comptages d’oiseaux, nous essayons tout d’abord de distinguer les passages anecdotiques des passages récurrents. Et nous constatons, par exemple, que l’alouette des champs disparait de nos plateaux depuis une quinzaine d’années. C’est une perte de plus dans la biodiversité. Les espèces de la zone agricole subissent une pression énorme et elles ont une peine folle à se maintenir.
Sur la rivière du Doubs, il y a relativement peu d’oiseaux mais l’élimination de certains seuils permettrait de gagner plusieurs kilomètres de rivière naturelle.
Heureusement, toutes les espèces ne sont pas en déclin. Au niveau des forêts, l’évolution est assez positive, les forestiers ont sans doute été sensibilisés.

Vous êtes observateur et protecteur de la faune, comment la passion pour la chasse est arrivée ?

Je pense que derrière tout naturaliste, il y a toujours une volonté d’attraper quelque chose. Quand j’étais gosse, j’allais à la chasse avec un ami de mon père, donc c’est arrivé assez naturellement. Grâce à la formation de chasseur, j’ai pu avoir de meilleures connaissances naturalistes. Bien évidemment, l’acte de tuer est difficile, mais ce n’est pas ma motivation première. Pour moi, il doit toujours y avoir la même finalité : chasser ce que nous mangeons et manger ce que nous chassons.
Concernant la chasse de régulation, nous sommes devant de gros problèmes agricoles, notamment avec les sangliers qui génèrent des centaines de milliers de francs de dégâts par année. Il existe une régulation naturelle, mais seulement quand l’écosystème est équilibré et la chaine alimentaire bien développée, ce qui n’est pas le cas chez nous. 

Vous êtes aussi laborantin de profession à la STEP de La Chaux-de-Fonds. Faut-il s’inquiéter de l’état de nos cours d’eau ?

L’état du Doubs est alarmant, on peut le voir avec la perte de biodiversité. Depuis que les STEP existent, même si elles ne sont pas sans impact, l’état biochimique des cours d’eau s’est amélioré. Mais les micropolluants ne sont pas forcément traités. La STEP de La Chaux-de-Fonds est en train de s’équiper pour pouvoir les gérer d’ici à 2019.

Vous avez lancé « Le Pèlerin », l’association d’études et de protection des oiseaux dans les Franches-Montagnes. Où en est-elle aujourd’hui ?

À la base c’était un petit groupe informel d’observateurs, nous nous rencontrions aux rochers des Sommêtres pour suivre les migrations. Puis, en 2007, nous avons déposé les statuts pour bénéficier des avantages d’une structure associative. Nous publions toujours un bulletin papier trimestriel qui compile les observations de tous les bénévoles, les récapitulatifs par zones, les évolutions des biotopes…

Selon vous, quelle est la manière la plus efficace pour sensibiliser sur la nécessité de prendre soin de la nature qui nous entoure ?

Education, sensibilisation, information. Eduquer à l’environnement dans les écoles est primordial. La vulgarisation scientifique est aussi importante pour sensibiliser. Et ne pas oublier d’alarmer quand on constate des pertes dans la biodiversité.  

Un équilibre entre développement des activités humaines et épanouissement de la nature est-il envisageable dans notre société ?

Pour les activités touristiques, je pense que oui. On peut aller partout, tout en étant modéré. Il ne faut jamais oublier que nous ne sommes pas chez nous, que nous ne sommes que des invités, des observateurs. Il est important de ne pas marquer son passage.
Pour les activités agricoles, les réseaux OQE (Ordonnance sur la Qualité Ecologique) ont été créés dans le but de favoriser les agriculteurs qui mettent en œuvre des actions pour la biodiversité. Mais pour moi les résultats sont clairement insuffisants.

La biodiversité, cela veut dire quoi pour vous ?

Je ne sais plus qui a dit cette phrase : « quel bonheur que la diversité, l’ennui naquit un jour de l’uniformité *». C’est simplement un écosystème diversifié. C’est être au climax, au maximum des différentes formes de vie que peut supporter un écosystème.

Des astuces à transmettre pour préserver la biodiversité dans la vie de tous les jours ?

Ce sont avant tout des gestes de bon sens : utiliser moins de produit pour laver le linge, échanger son gel douche contre un savon en pain, ne pas jeter ses déchets dans la nature, éviter les insecticides dans les jardins. Aussi, les thuyas et gazons tondus sont l’antithèse de la biodiversité. En résumé : manger local, vivre local, planter local. Et quand les particuliers auront compris, ce sera moins compliqué à transmettre à une échelle supérieure.

Votre vision de l’évolution de la biodiversité d’ici à 2030 ?

J’espère qu’il y aura une prise de conscience dans la zone agricole, déjà d’ici à 2020.

C’est difficile d’alarmer les gens, mais la prise de conscience se fait graduellement avec l’éducation à l’environnement. Je suis de nature optimiste et je pense que l’évolution va se faire car le modèle actuel est clairement incompatible avec la survie de l’espèce humaine à long terme.

Propos recueillis par Fanny Desfray

* ndlr: Il s'agit apparemment du poète français Antoine Houdar de la Motte (in Fables nouvelles, 1719).

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