Interview Kathleen Hasler

Animatrice au Centre Nature Les Cerlatez, Kathleen Hasler a réalisé il y a quatre ans un inventaire des plantes invasives sur la commune de Tramelan. Son leitmotiv: « Avant d’arracher, plantons juste » !

Animatrice au Centre Nature Les Cerlatez, très active dans diverses associations régionales de protection de la nature et de la biodiversité, Kathleen Hasler a réalisé il y a quatre ans un inventaire des plantes invasives sur la commune de Tramelan. La biologiste, dans le cadre d’un groupe de travail communal, s’emploie dès lors à sensibiliser la population aux méfaits de ces malvenues. « Avant d’arracher, plantons juste », prône cette Tramelote animée par la passion.

Kathleen Hasler, comment avez-vous été amenée à réaliser un inventaire des plantes invasives sur une grande commune comme celle de Tramelan ?

La formation en spécialiste de la nature et de l’environnement délivrée par le Sanu, à Bienne, implique la restitution d’un travail personnel. Comme Tramelan m’avait soutenue financièrement pour faire cette formation en 2013-2014, alors que j’étais en période de chômage, j’ai eu envie de me rendre utile pour la commune dans laquelle je vis. J’ai donc réalisé cet inventaire couvrant l’ensemble du territoire communal.

Qu’avez-vous découvert ?

Entre autres que la très grande majorité des plantes invasives se trouvent sur des terrains privés, et en l’occurrence essentiellement des jardins. Fort heureusement, elles ne sont que peu disséminées en pleine nature. C’est donc plus facile, en théorie, d’en réduire leur nombre. Dans ce but, grâce à la cartographie réalisée sur le terrain, nous avons réuni les principaux propriétaires concernés afin de les sensibiliser au problème et leur proposer des solutions.

Le message est-il passé : des arrachements volontaires ont-ils eu lieu ?

D’abord, certains ont été très étonnés de constater le problème. Ils étaient juste ignorants en la matière, par manque d’information ! D’aucuns ont très bien réagi en assurant qu’ils allaient ôter les invasives décrites. D’autres n’ont pas réagi ou n’ont carrément pas répondu à l’invitation qui leur avait été lancée.  

Vous avez aussi profité du récent Comptoir local pour faire de la sensibilisation…

Exact. Et j’ai été franchement surprise par le bon accueil des visiteurs, qui venaient spontanément lire nos panneaux d’explication puis nous posaient des questions afin de savoir comment faire pour se débarrasser de ces plantes. D’ailleurs, nous avons distribué la totalité des sachets de graines de « prairie fleurie » que nous avions à disposition. Rupture de stock !

Comment va se poursuivre la sensibilisation du grand-public ?

Notamment par le biais d’une page internet sur le site renouvelé de la commune de Tramelan où tout un chacun pourra retrouver un grand nombre d’informations relatives aux plantes invasives. Par ailleurs, le personnel communal va aussi être sensibilisé afin de venir en aide aux gens, les conseiller, les aider à déterminer les bonnes et les mauvaises plantes, etc.

Quelles sont les principales plantes invasives découvertes à Tramelan ?

Bien évidemment le fort célèbre arbre à papillons (buddleia), les solidages américains – des grandes plantes jaunes à floraison estivale tardive -, l’impatiente glanduleuse ou le sumac de Virginie, un arbre souvent trouvé dans les jardins, aux couleurs automnales magnifiques. Quant à la renouée du Japon, qui est la plus difficile à éradiquer, elle est heureusement relativement peu présente sur le territoire investigué. Un site de renouée du Japon a été localisé dans la forêt de l'Envers. Il est placé sous la surveillance et contrôle du garde forestier.

Quels sont les critères qui permettent de déterminer le caractère néfaste de ces plantes?

Il y en a trois. Premièrement, la plante doit provenir de l’étranger, le plus souvent c’est même d’un autre continent. La plupart sont arrivées chez nous après la découverte de l’Amérique il y a 500 ans. Deuxièmement, ces plantes doivent pouvoir se reproduire sans intervention humaine. Enfin, troisièmement, ces plantes peuvent causer des dégâts soit à la biodiversité, soit à l’économie, soit à la santé animale ou humaine. En général, toutes ont un impact sur la biodiversité car il s’agit d’espèces pionnières aux peuplements très denses qui prennent la place aux espèces indigènes.  

La situation, aujourd’hui?

Sans avoir officiellement mis à jour l’étude réalisée en 2013, je constate déjà une évolution, surtout au niveau des lauriers-cerise, que de nombreux propriétaires choisissent de planter chez eux. Cette plante absolument pas indigène – et toxique, elle contient du cyanure ! - a pour elle d’avoir des feuilles persistantes qui restent vertes toute l’année et de beaux petits fruits rouges dont raffolent les oiseaux. Et ceux-ci, par leurs fientes, les dispersent tous azimut. Bref : avant c’était le thuya, maintenant c’est le laurier-cerise. Et en matière de biodiversité, c’est faire un choix entre la peste et le choléra.

En dehors de Tramelan, est-ce que les choses bougent aussi ?

La commune de Tavannes a été intéressée par le travail que j’ai réalisé et a l’intention, à ma connaissance, de mettre quelque chose en place de leur côté. Et à Tramelan, un responsable a été défini (M. Julien Graber, ndlr) afin de répondre aux questions. Qu’elles proviennent de citoyens de la commune mais aussi des communes alentour.

En deux mots, quelques conseils pratiques ?

Tout simplement planter des espèces indigènes. Il faut surtout se renseigner auprès des spécialistes, dans les jardineries par exemple, afin de faire les bons choix. En cas de doute, ne pas acheter !

Les jardiniers-paysagistes régionaux ont-ils déjà été sensibilisés ?

Nous n’avons pas encore abordé la question, mais cela sera sûrement une prochaine étape.

Les prochains projets du Groupe de travail « Biodiversité et plantes invasives » ?

Travailler avec les écoles et installer des grands bacs dans le village pour y installer toutes sortes de plantes « intéressantes » autres que des géraniums : utiles pour les insectes, voire potagères, aromatiques, etc.  Réaliser des conférences, des articles, de la communication et – c’est important – travailler sur l’exemplarité en favorisant de manière visible la biodiversité sur les terrains qui sont propriétés de la commune, tels que les talus, les haies ou encore les bordures d'école.

De par votre expérience de terrain avec le grand public, comment estimez-vous que le terme biodiversité est perçu ?

Je crains qu’il soit mal compris, ou en tout cas pas saisi dans la totalité de ce qu’il implique. On imagine bien les petites bêtes et les fleurs, mais pas très concrètement l’impact que cette notion a sur nos vies. Car la biodiversité nous permet de manger, boire, respirer, cultiver nos sols. Vivre, quoi ! Protéger la biodiversité, c’est tout simplement se protéger nous-mêmes.

A titre personnel, comment agissez-vous au quotidien ?

Je consomme bio au maximum et respecte la notion de bien-être animal. En ce sens, je n’achète plus de viande ni de poisson pour moi. Si je dois en manger à l’extérieur, ce ne sera pas un problème, je ne suis pas végétarienne – ou du moins pas encore - , mais je n’effectue plus d’achat de mon côté. Et pour ce qui est des fruits et légumes, c’est local, bio ou en tous les cas de saison. Mais je ne suis pas une extrémiste non plus : je sais bien que les bananes viennent de l’autre côté de la planète et je ne me prive pas d’en manger comme tout le monde. Sinon, j'utilise des produits ménagers et cosmétiques les plus écologiques possibles et en faible quantité.

Votre vision de la biodiversité d’ici à 2030 ?

J’ai une vision assez pessimiste en lien avec la politique des gouvernements actuels. Si l’on excepte la question des changements climatiques, qui parle aux gens, la politique ne se préoccupe absolument pas des problématiques existentielles qui nous concernent tous. Les plantes et les animaux ne votent pas, n’élisent personne, ne paient pas d’impôts. Ils ne représentent donc aucun intérêt pour la sphère politique. En gros, je doute un peu de la nature humaine, mais j’aimerais me tromper, de tout mon cœur.

Et pourtant, vous travaillez tous les jours, notamment avec les enfants dans le cadre du Centre Nature Les Cerlatez, dans ce contexte de promotion de la biodiversité.

Si je ne me levais pas tous les matins en me disant qu’à ma mesure j’essaie de contribuer à passer le message, je n'arriverais plus à me regarder dans le miroir tous les matins. Bon, c’est clair que sur 25 gamins en animation, tous ne vont pas saisir le message de la même façon, mais si quelques-uns d'entre eux sont sensibilisés et se sentiront concernés plus tard, voilà déjà une belle victoire! Et si cela ne va pas plus loin que ça, au moins pour ma propre conscience j’aurai été utile, un peu, chaque jour.  

Propos recueillis par Nicolas Sauthier

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