Interview Gauvain Saucy

A 18 ans, Gauvain Saucy est un naturaliste passionné. Il est l’un des chasseurs de source formé l'automne dernier. Epaulé par deux collègues, il a déjà recensé une bonne trentaine de sources. Interview.
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Gauvain Saucy, 18 ans, étudie en première année de biologie à l’Université de Neuchâtel. Naturaliste passionné, il est l’un des chasseurs de source qui a participé à la journée de formation donnée l’automne dernier à St-Ursanne. Membre du CEPOB (Centre d’étude et de protection des oiseaux de Bienne et environs) dès l’âge de neuf ans, il a récemment délaissé le piano pour consacrer davantage de temps aux observations, aux comptages ou aux actions de terrain. Epaulé par deux collègues, il a déjà recensé une bonne vingtaine de sources sur le carré de territoire qui lui a été imparti. Interview d’un jeune homme modeste, qui tutoie les chauves-souris et passe ses week-ends avec les batraciens de l’étang de la Noz, à Bellelay.

Gauvain Saucy, vous avez axé votre travail de maturité, rendu l’été dernier, sur les batraciens de l’étang de la Noz, à Bellelay. Racontez-nous…

J’ai barré tout le pourtour de l’étang avec des barrages à batraciens, et j’ai recensé tout ce qui y rentrait lors de la migration post-hivernale, au printemps 2015. On a eu en tout très exactement 19'831 individus capturés, c’était une belle expérience. Grâce à cette démarche, on a pu confirmer – ou infirmer - toute une série d'hypothèses. Cela représente quelque 270 heures de terrain, sans compter les heures de compilation et de rédaction. Au final, cela doit faire dans les 400 heures de travail. On en sait un peu plus sur les batraciens de la région. Mais bon, cela reste un travail de maturité, ce n’est pas une grande étude scientifique (ndlr : le travail a été crédité d’un 6, note maximale).

Comment êtes-vous tombé dans la marmite naturaliste ?

J’ai toujours habité Lajoux, en tout cas depuis tout bébé. Avec la nature juste à côté de soi, on est toujours fourré dans la forêt, cela doit donner le virus. Et mes parents, sans être connaisseurs, ont toujours été très observateurs de la vie autour de nous. Cela y a aussi contribué, je pense.  

Les jeunes gens de votre âge s’intéressent-ils facilement à la nature ? 

Dans Lajoux-même, les enfants et les jeunes sont très proches de la campagne. Au lycée, à Porrentruy, j’étais en revanche un peu esseulé. Dans le Jura, on est désormais cinq ou six jeunes ornithologues passionnés à nous retrouver pour faire des observations ou des recensements, notamment au Raimeux. Mais en soirée, la nature n’est pas vraiment une thématique qui revient le plus souvent en avant (rires).

Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à la journée de formation de la chasse aux sources, organisée l’automne dernier par les Parcs Doubs et Chasseral ?

Cela se passait dans la région que j’habite, et je suis toujours partant pour mieux connaître encore mon coin de pays. J’avais déjà réalisé, en faisant des recherches de grottes en lien avec les chauves-souris, que l’on découvre des endroits où l’on ne serait jamais allé autrement. Et des lieux souvent magnifiques ! Avec les sources, c’est pareil : on nous invite à aller à tel endroit car la carte laisse apparaître que c’est un lieu potentiellement propice à la présence de sources. Du coup on visite des coins tout proches mais complétement inconnus.

Comment s’est déroulée la formation, concrètement?

Après une petite demi-journée de théorie, on est assez rapidement partis sur le terrain pour mettre en application, de façon immédiate, les notions de base apprises le matin-même. On ne se retrouve ainsi pas complétement largué sur le terrain une fois que l’on arpente le carré qui nous a été imparti. Et j’ai appris énormément de choses sur l’univers des sources, avec des intervenants passionnés et passionnants, notamment Pascal Stucki, une référence. Depuis, j’ai déjà effectué trois ou quatre demi-journées de terrain avec André Schaffter, avec qui je partage ma « parcelle », et Willy Houriet. On a déjà recensé un peu plus d’une trentaine de sources, dont huit dans la même combe.

Un retour aux chasses aux trésors de l’enfance…

Un peu, effectivement. Avec surtout à l’esprit l’envie de ne rater aucune source. Avec quelques jours d’expérience, on avance bien plus rapidement sur le terrain. On fait un maximum de repérages sur les cartes, puis en les cherchant sur le terrain, on en trouve facilement d’autres qui n’avaient pas été  escomptées. Ce qui veut dire, en sens inverse, que l’on en rate forcément quelques-unes. Et si on voulait vraiment toutes les répertorier, rien que pour notre carré il faudrait sans doute vingt à trente jours complets de terrain. On ne pourra pas les répertorier toutes, mais cela donnera quand même un bel aperçu.

La chasse aux sources, c’est adapté à tout le monde ?

Bien sûr. Il suffit d’avoir envie d’arpenter sa région en pleine nature, en suivant les protocoles qui sont très bien expliqués durant la formation. L’avantage, contrairement à d’autres sorties naturalistes, c’est que l’on n’est pas lié à une période particulière comme avec les oiseaux ou les batraciens, et que l’on peut choisir de ne sortir que quand il fait beau si l’on n’aime pas trop la pluie…  Ce n’est pas contraignant.

De manière plus générale, comment est interprétée la biodiversité par les 15-25 ans ?

Le terme est, je crois, assez bien compris, même s’il est peut-être un peu rabaissé aux petites fleurs et aux jolis oiseaux, mais il n’y a pas un intérêt formidable pour la thématique. Par contre, l’éco-responsabilité est une thématique qui est plus concernante pour les jeunes de mon âge. Dans mon entourage familial, c’est une discussion récurrente. Ma sœur étudie l’ingénierie forestière, mon père est président du triage forestier, on est donc tous sensibilisés et intéressés, depuis toujours. Par propagation, nos préoccupations et actions diffusent forcément dans notre cercle familial. 

La biodiversité, c’est quoi ?

Un terme scientifique très vaste et qui veut en même temps tout dire. C’est tout ce qui regroupe le vivant dans son immense diversité. L’ensemble des écosystèmes, des plantes, des amibes, des insectes. Tout ce que l’on connaît, et tout ce que l’on ne connaît pas encore.

Au quotidien, comment tentez-vous de préserver la biodiversité ?

Par des gestes et actions très simples. Ne rien laisser traîner dans la nature, éteindre la lumière, éviter les appareils en veille, etc. Dans notre famille, tous les légumes viennent de notre jardin potager. Pour la viande, on achète une bête au paysan du coin, et l’on répartit sa consommation sur l’année. Le pain, c’est ma boulangère de mère qui le fait elle-même. Et pour tous les aliments qui viennent de plus loin, on essaie de choisir bio et d’une production la plus proche de nous possible. Pour ce qui est des déplacements, on est vite ennuyés lorsque l’on est ornithologue passionné comme moi, car pour aller faire des observations, on est le plus souvent contraints à se déplacer en voiture, en raison des lieux très éloignés que l’on souhaite atteindre. Les transports publics ne suffisent pas.

En 2030, comment aura évolué la biodiversité ?

Difficile de répondre. Par moments je suis plutôt optimiste, lorsque je pense à la couche d’ozone qui se referme, par exemple. Et il y a des moments où je me dis qu’il faudrait peut-être songer à faire un autre métier, car il n’y aura plus de matière de base à étudier d’ici quelques dizaines d’années. Du côté des enseignants, à l’Uni, c’est difficile de sentir les tendances. Il faut dire qu’en première année, on en est à l’étude des cellules et des molécules ! Difficile de saisir si les profs montrent de l’optimisme ou du pessimisme. Et dans des cours comme Biodiversité de la vie, les faits exposés sont purement analytiques et objectifs. On verra en troisième année…

Propos recueillis par Nicolas Sauthier

Note: une nouvelle journée de formation pour les chasseurs de source est programmée le samedi 1er avril 2017.

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