Interview Danie Perrinjaquet

Le feu sacré ! C’est ce qui anime, toujours et encore, Danie Perrinjaquet à quelques mois de la retraite. En cette dernière année d'enseignement, elle s'est "fait plaisir"...

Le feu sacré ! C’est ce qui anime, toujours et encore, cette enseignante de Renan à quelques mois de la retraite. Danie Perrinjaquet fait partie des meubles de l’école primaire de son village, elle qui partage sa passion de la nature depuis plus de 42 ans. Dans sa jolie classe pleine de dessins colorés, joliment éclairée par un soleil éclatant de début décembre, la maîtresse de 5e Harmos (8-9 ans) s’enflamme lorsqu’elle évoque hirondelles de fenêtre, plantation de vergers ou sauvegarde des chauves-souris. En cette dernière année d’enseignement, elle s’est « fait plaisir » en ajoutant cette dernière thématique dans le cadre d’un projet-pilote.

Danie Perrinjaquet, ce projet-pilote sur les chauves-souris, c’est pour finir en beauté ?

Cela fait exactement 20 ans que j’effectue des comptages de chauves-souris dans ma commune. Alors quand Valery Uldry (en photo, devant la classe) m’a parlé de son idée de développer un projet-pilote sur ce sujet dans une classe d’école, j’ai foncé ! Le biologiste est déjà venu faire une animation en classe. L’an prochain, à la belle saison, nous projetons de poser des filets vers la Suze, pour capturer en douceur ces mammifères volants et les observer. Nous nous y rendrons, le soir, avec mes élèves. C’est une expérience unique que j’ai envie de leur faire vivre. Mais chut, ils ne le savent pas encore ! A terme, l’idée est que ce projet puisse être mené dans toutes les classes de la région qui le souhaitent.

Comment vous est venue cette passion pour les chauves-souris ?

A l’époque, c’est Yves Leuzinger, du bureau Natura, aux Reussilles, qui était venu en 1994 ou 1995 prononcer un exposé devant toute l’école. Il avait fait de la pub pour la Nuit des chauves-souris, à laquelle nous étions allés en famille. A cette occasion, il avait cassé l’image de « monstre du Vallon » que d’aucuns attribuaient à ces mammifères volants. Depuis lors, je branche mon appareil de comptage chaque année, en juin, pour suivre l’évolution de ces fascinants animaux.

En 20 ans, avez-vous constaté de gros changements ?

A l’époque, entre 60 et 70 individus étaient recensés dans l’une des colonies de sérotines boréales dont je m’occupe, dans le bas du village. Cela fait deux ans que je n’ai plus vu d’individu sortir du toit surveillé. A la route des Convers, j’ai encore recensé cette année 8 individus. Mais d’autres colonies ont malheureusement été complétement désertées depuis plusieurs années. A ma connaissance, il n’y a donc malheureusement quasiment plus de colonies de sérotines à Renan. Nous projetons de repartir en prospection l’an prochain avec Valery Uldry. La réfection de combles, par exemple, peuvent évidemment les faire partir. Mais parfois de plus petits changements dans leur environnement les font disparaître. On ne s’explique souvent pas leur disparition. Ces comptages ont notamment pour but de tenter de les comprendre.

Les années précédentes, vous avez aussi participé à d’autres projets liés à la biodiversité avec votre classe ?

Grâce à Graine de chercheur, un projet développé par le Parc Chasseral, nous avons abordé la thématique des hirondelles de fenêtre en 2014-2015, puis des vergers l’an d’après. Cette année scolaire, j’ai choisi la troisième option possible : l’énergie. Le programme mêle à chaque fois le ludique au pédagogique. Les enfants adorent.

En quoi consistait la thématique « Vergers » ?

Les élèves ont bénéficié d’une série d’animations dispensées tout au long de l’année. Entre autres, ils ont pu goûter à plein de pommes différentes, toutes d’anciennes variétés. Ils ont aussi ramassé des  fruits pour les apporter au pressoir. Ils ont pu ensuite boire le jus ainsi récolté à la récré. Ils ont aussi pu voir comment se pratiquait la taille des pommiers. Cerise sur le gâteau, nous avons planté en fin d’année quatre arbres fruitiers juste sous le préau de l’école. Pour chacune des animations, des professionnels nous accompagnaient, en provenance de l’association Rétropomme ou du Parc régional.

Et pour les hirondelles, c’est encore une autre histoire…

A Renan, il n’y a pas d’hirondelles de fenêtre, que des martinets noirs. Alors on s’est dit qu’on allait tenter de les faire venir dans notre village. Nous avons donc cherché des sous-toits pour poser les nids construits en classe par les élèves avec le Centre nature des Cerlatez. Les nichoirs ont pu finalement être posés, mais pour l’instant cela ne donne rien. On a même diffusé des chants d’hirondelles avec un transistor posé sur le bord de fenêtre de la classe, mais cela n’a pas suffi. Sauf à ce que l’on nous regarde un peu de travers... Bon, il a fallu sept saisons pour qu’elles viennent nicher dans des installations posées à titre privé dans une ferme des Convers, alors on garde espoir…

Quel est l’intérêt de suivre des programmes comme Graine de chercheur ?

Le programme est construit autour des exigences du Plan d’étude romand (PER), l’enseignant n’a donc pas de surcharge de travail à ce niveau-là, tout est prémâché. Et puis c’est principalement lié au plaisir. Celui de la transmission d’une passion aux enfants, mais aussi celui d’enseigner dans des conditions formidables : lorsque 25 gamins écoutent sans un bruit les explications des différents animateurs et animatrices, c’est plutôt agréable. Il n’en va pas toujours de même durant les leçons de math ou de français. L’accord du participe passé n’est pas aussi fascinant qu’une mignonne sérotine !

Quel apport concret ces programmes ont-ils sur les élèves, d’après vous ?

Difficile à dire. Il faudrait le leur demander à eux directement. Mais lorsque des anciens élèves reviennent, des années plus tard, évoquer avec vous des anecdotes sur les expériences vécues en classe ou dans la nature, cela montre que cet enseignement-là est bien ancré dans leur tête. Il faut aussi être juste : parfois, cela les lasse aussi. Je me souviens d’une fillette qui m’avait lancé « Mais, maîtresse, avec votre nature, on commence à en avoir marre… » !

Avec cette année en forme d’apothéose, cette volée d’élèves a donc bien de la chance.

J’espère qu’ils le ressentiront aussi comme cela. C’est un peu le feu d’artifice avec Graine de chercheur Energie, le Rallye de mathématiques et ce projet-pilote sur les chauves-souris. Tout comme je me souviens avec émotion des leçons de biologie dispensées en forêt par M. Treu à l’Ecole normale il y a plus de 40 ans, j’espère que mes élèves garderont une trace de ces moments privilégiés passés dans la nature. Il faut dire qu’à Renan on est servi : il suffit de passer de l’autre côté de la ligne de chemins de fer pour nous retrouver en pleine nature. Nous sommes chanceux.

Propos recueillis par Nicolas Sauthier

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