Interview Aline Chapuis

Enseignante passionnée, Aline Chapuis a trouvé son équilibre : se démener pour la protection des eaux du Seyon et naviguer entre ses classes de 7-8ème Harmos pour éveiller, non sans malice, les adolescents aux réalités de la nature qui nous entourent.

Enseignante passionnée, Aline Chapuis a trouvé son équilibre : se démener pour la protection des eaux du Seyon avec l’APSSA et naviguer entre différentes classes du centre scolaire de la Côte, à Neuchâtel, pour éveiller non sans malice les classes de 7ème et 8ème Harmos aux réalités de la nature qui nous entoure. En recherche constante d’en savoir plus sur la vie et la nature, elle complète sa formation avec un diplôme en écologie et sciences de l’environnement en 2015 et suit actuellement des cours de botanique de terrain. Pour être certaine de ne jamais s’ennuyer, Aline Chapuis est membre du comité romand de la Fête de la Nature ainsi que d’Ecoforum, la société faîtière pour la protection du patrimoine naturel neuchâtelois.

Aline Chapuis, présentez-nous l’APSSA en quelques mots.

L’association a été créée en 1987 et vient de fêter ses 30 ans. L’écrevisse à pattes blanches a été choisie au départ comme espèce cible, dans l’idée que sa protection ait des effets bénéfiques sur les autres espèces. L’objectif initial était de la voir de retour dans le Seyon pour l’an 2000. Dix-sept ans après, nous sommes loin du compte. Elle joue à présent un rôle de mascotte pour notre association mais n’est plus au centre de nos préoccupations. Nous nous concentrons aujourd’hui sur les espèces menacées toujours bien présentes dans le Seyon et ses alentours. C’est le projet « 25 étangs pour le crapaud accoucheur au Val-de-Ruz » qui nous occupe le plus depuis cinq ans. L’idée est de créer, curer ou remettre en état des étangs et faire des aménagements alentours, car le crapaud a besoin de petites caches.

Pourquoi vous êtes-vous engagée dans la protection du Seyon ?

Un peu par hasard. En 2010, lorsque j’étais enseignante généraliste dans une classe unique, j’ai vécu une grande phase de questionnements. J’étais frustrée de ne pas pouvoir m’investir complètement dans quelque chose qui me tient à cœur. La maman d’une copine m’a incitée à redynamiser le lien entre l’APSSA et les écoles. Je ne suis pas originaire du Val-de-Ruz, j’ai pu ainsi apprendre à connaitre la rivière. Comme j’aime le côté pratique, aller creuser, faucher, me fait sortir de ma classe ou de mon bureau.

Quel estr l'état de santé du Seyon aujourd’hui ?

On est face à trois problématiques principales. La première est liée à la qualité de l’eau, dégradée soit par des pollutions liées à l’activité agricole, soit par le littering (le jet de déchets dans la nature, ndlr), soit par des accidents ponctuels comme celui qui s’est produit au moment de la création de l’APSSA, au milieu des années 1990, avec l'incendie de l'usine ETA à Fontainemelon.

La deuxième est liée à l’écomorphologie de la rivière, beaucoup travaillée par l’Homme et très canalisée. Même les endroits qui paraissent de prime abord naturels ne le sont pas, à l’exemple du secteur des Prés-Maréchaux.

Enfin, la troisième problématique est liée au débit de la rivière, qui est insuffisant. Ces dernières années, le niveau Seyon est demeuré extrêmement bas. L’eau ne provient quasiment plus de la source mais essentiellement des effluents de la STEP. Le problème est que cette eau n’est pas potable, seulement épurée. Et en cas de gros orage, la station d’épuration ne parvient plus à gérer le débit. Les déversoirs d'orage situés en amont rejettent directement et sans traitement les eaux dans la rivière.

Comment vos actions sont-elles accueillies et perçues par les gens de la région ?

Difficile à dire. Je pense que nous sommes avant tout peu connus. Nous essayons d’être plus visibles et présents sur des manifestations liées à la nature et l’environnement depuis quelques années. Nous tenons à conserver notre action phare de nettoyage du Seyon. Les gens d’ici la connaissent bien, car elle est à chaque fois bien relayée dans les médias.

À la réflexion, j’ai l’impression que nos actions sont plutôt bien perçues, et je ne pense pas que nous ayons une étiquette de « vilains écolos ».

La pollution de l’eau est insidieuse, difficilement visible. Comment parvenez-vous à susciter l’adhésion face à cette problématique ?

Notre journée de nettoyage est importante à cet égard. Sur le terrain, les personnes sont choquées de voir ce qui est lâché dans la rivière. Ils réalisent que les déchets jetés dans nos toilettes peuvent se retrouver dans le Seyon, puis dans le lac.

Il est toutefois plus compliqué de sensibiliser sur ce qui est moins visible et palpable, à l’image des restes de peinture dans les éviers ou de l’eau de javel pour nettoyer les WC. Le tabou autour de certains sujets, comme celui des protections féminines, n’aide pas. À ce sujet, on retrouve toujours autant de guirlandes de tampons à certains endroits du Seyon.

Comment les ados perçoivent-ils la question de la biodiversité ?

Je parle très peu de biodiversité avec eux car je n’aime pas ce terme, comme celui de « développement durable » d’ailleurs. Tous les deux sont très à la mode, mais personne ne sait vraiment ce qu’ils veulent dire. Les ados, j’aime bien les provoquer. Certains sujets les font facilement réagir, comme lorsque j’affirme ne pas aimer les chats… Cela part toujours en grand débat ! Je leur explique alors que les chats ont un impact énorme sur la faune, car ils tuent par instinct amphibiens, lézards, petits rongeurs et autres oiseaux.

Et cela les convainc ?

Parfois. A la fin de l’année, certains élèves viennent me voir pour me dire : « Madame, en fait moi non plus, je n’aime pas trop les chats ».

Comment faites-vous pour les intéresser concrètement à cette thématique ?

Le programme actuel en Science est intéressant, mais lourd et très théorique. Les milieux naturels sont passablement mis de côté. Je profite au maximum des sorties sur le terrain, toutes les 6 à 7 semaines. Ils se prennent facilement au jeu et on peut passer du temps à faire des travaux simples, comme dessiner une plante. Les jeunes apprennent à ouvrir les yeux, puis à observer les plantes qui poussent à côté de chez eux. Quand on va en forêt, les filles sont un peu réticentes à cause des araignées et des insectes, mais tous finissent par farfouiller dans la litière et par trouver que, finalement, c’est « vachement cool ».

Et pour vous-même, qu’évoque le terme biodiversité ?

Je pourrais, pour une fois, donner une réponse très théorique : c’est la diversité des espèces, la diversité des milieux et la diversité génétique. Mais aussi, selon moi, la diversité visuelle et paysagère. Nous nous trouvons dans une Suisse trop propre. Quand je vois du gazon, je vois un désert. Je cherche des coins en friche, des forêts avec du bois mort. Notre pays est lisse, propret, chacun possède son petit carré, sa haie de thuya ou de laurier. Quelle horreur ! Pour plus de biodiversité, acceptons un peu plus de chenit !

Comment intégrez-vous sa préservation dans votre vie de tous les jours ?

J’essaie d’abord d’être cohérente entre ce que je dis et ce que je fais, mais ce n’est pas toujours facile car nous sommes tous tiraillés par le temps. Dans la vie de tous les jours, je ne pense pas avoir un u influence positive directe sur telle ou telle espèce menacée, même si les petits gestes sont utiles bien qu’insuffisants. Aussi, je fais attention à ce que je mange, à ma consommation de viande, à sa provenance, au type de production. Je n’habite pas un grand appartement et j’essaie de prévoir des trajets raisonnés lorsque je pars en vacances.

Propos recueillis par Fanny Desfray

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