Vertueuse gentiane

Grande dame de nos pâturages, la gentiane jaune offre une nourriture abondante aux insectes qui la visitent. C’est aussi une des plantes médicinales les plus utilisées chez nous. Elle fait partie de notre patrimoine culturel et naturel.

Impossible de rater la gentiane jaune lorsqu’elle fleurit en juin-juillet dans les pâturages, les prairies maigres et les forêts claires de nos régions. Elle offre alors une nourriture abondante aux insectes qui la visitent. C’est aussi une des plantes médicinales les plus utilisées chez nous comme dans une bonne partie de l’Europe. Plante remarquable à plus d’un titre, la grande gentiane fait partie de notre patrimoine culturel et naturel.

Elle semble apparaître tout d’un coup. Invisible au printemps, la gentiane jaune mesure jusqu’à 1,50 mètre dix semaines plus tard. Elle fait fleurir entre trois et cinq étages de grandes fleurs serrées comme des régimes de bananes miniatures. Sa vigueur incroyable provient du sol. La racine tortueuse et épaisse de la grande gentiane est un réservoir énergétique puissant qui lui permet de se développer aussi rapidement. Auparavant, pendant plusieurs années, la gentiane ne fleurit pas mais ses feuilles poussent, récoltent lumière et chaleur du soleil et permettent le stockage de cette énergie dans la racine. Ce n’est qu’après une dizaine d’années que la plante fleurit enfin. Dès lors, sa durée de vie peut se prolonger jusqu’à 50 ans.

Des transformations chimiques complexes interviennent au cours de cette phase de stockage d’énergie, qui consiste à transformer l’énergie solaire sous formes de divers sucres dans la racine. Cette dernière se transforme en usine à molécules. De là provient l’arsenal médicinal de la gentiane. Fébrifuge, rafraîchissante et stimulante, elle facilite encore la digestion, agit comme antiseptique ou diminue les nausées. De multiples vertus qui lui valent son appellation, dans certaines régions, de quinquina des pauvres (plante dont provient la quinine).

En plus de soigner, la grande gentiane se déguste à l’apéritif. Sa célèbre amertume se retrouve dans de nombreuses boissons très connues. L’une d’entre elles, née à Sonvilier mais aujourd’hui fabriquée à Pontarlier, porte le nom de la rivière du vallon de Saint-Imier. Et l’on ne parle pas des digestifs fabriqués dans les hauteurs qui font le bonheur des fins de repas dans les métairies.

En termes de biodiversité, la gentiane jaune fonctionne comme plante indicatrice. Elle vit dans les pâturages qui font l’objet d’une exploitation extensive. Si elle supporte bien l’engraissement des prairies via la fumure du bétail, elle apprécie moins la fumure chimique. Surtout, la grande gentiane ne pousse que dans des pâturages exempts de girobroyeurs. La racine de la Gentiane jaune se développe plutôt à l’horizontale et assez peu profondément. C’est pourquoi un travail du sol, même peu profond, détruit la racine et fait automatiquement disparaître les gentianes.

Une autre cause de sa disparition est la fermeture des pâturages. Si le bétail se rend moins souvent dans certains secteurs de pâturages, la forêt reprend vite ses droits. En grandissant, les arbres prennent toute la place et empêchent la lumière d’arriver au sol ; la gentiane, qui aime se dorer au soleil pour les raisons exposées plus haut, disparaît alors.

Bien qu’encore abondante par endroits, notre majestueuse gentiane a tendance à perdre des territoires. Elle est protégée intégralement dans certains cantons de plaine et partiellement dans les cantons de Berne et du Jura.

Avec l’engouement actuel des apéritifs rétro et artisanaux et des produits du terroir, la région a une belle carte à jouer en prônant activement la défense des pâturages à gentianes et en laissant grandir les racines de cette plante magique afin que ses effluves racés nous accompagnent longtemps encore.

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by moxi