Un baobab dans nos pâturages

Long et élancé, il a souvent une forme de brocoli dans la forêt. Mais dans nos pâturages, il déploie ses grandes branches, devient grand et fort, noueux, puis se tasse. L'érable sycomore, un baobab dans nos pâturages.

Long et élancé, il a souvent une forme de brocoli dans la forêt. Mais dans nos pâturages, il déploie ses grandes branches, devient grand et fort, noueux, puis se tasse avec l’âge, devient ventru jusqu’à parfois ressembler à un baobab. Certains érables sycomores de nos régions ne peuvent que rappeler des souvenirs à celles et ceux qui ont connu la savane africaine ! L’un des plus célèbres de Suisse se trouve à La Ferrière, au lieu bien nommé « Sous les Plânes ». A un mètre de hauteur, le tour de taille de cet arbre est de presque 9 mètres et on peut se tenir à trois ou quatre adultes dans le creux de son tronc.

Cet arbre marque tellement le paysage qu’il finit par s’inscrire jusque sur les cartes nationale ; la Joux du Plâne, la métairie des Plânes, etc. La langue française induit en erreur : l‘érable plane (Acer platanoides) est peu présent chez nous, tandis que l’arbre appelé « plâne » dans la région est généralement l’érable sycomore (Acer pseudoplatanus).

On retrouve à différents endroits des érables géants avec des jolis diamètres, parfois en groupe, par exemple vers la métairie du Milieu de Bienne et aux Prés de Cortébert, ou isolés vers les métairies (cf. photo) où ils jouent le rôle de paratonnerre.

Depuis des siècles, ces érables ont été préservés dans les pâturages et plantés en allée au bord des chemins. Ses avantages étaient multiples : son ombre protégeait le bétail du soleil, ses feuilles remplissaient les matelas des métayers, servaient de litière pour le bétail ou même de fourrage lors d’années sèches où l’herbe venait à manquer, son bois fin était apprécié en menuiserie ou pour le chauffage etc. Aujourd’hui encore, le sycomore fait partie intégrante des systèmes sylvopastoraux de la région qui combinent la production de bétail et de bois et qui font la particularité de nos paysages.

Mais les baobabs ne nos pâturages ne sont pas que des géants dans notre histoire culturelle et dans nos paysages, ils fonctionnent aussi comme des biotopes d’une grande valeur, trop peu connue malheureusement.

La couronne de l’arbre, d’abord : un gros arbre de 15 à 20 mètres de haut possède une surface de feuilles de 200 hectares. C’est la superficie de Monaco sur un seul tronc ! Un joli terrain de vie pour de nombreux insectes croqueurs de feuilles, pour ceux qui viennent butiner le nectar des fleurs (les fleurs des érables sont mellifères) et bien sûr pour leurs prédateurs (chauves-souris, hirondelles, etc.).

Le tronc, ensuite. On trouve un nombre important de lichens et de mousses sur celui des vieux spécimens. Ce mélange abrite une quantité innombrable de petits animaux: acariens, collemboles, tardigrades, araignées, larves de tipules, coléoptères et bien d'autres. On dénombre plusieurs dizaines de milliers de ces petites bêtes par mètre carré de tapis de mousse.

Vu le nombre élevé de grands érables dans la région, il n’est pas étonnant que certaines espèces liées à cette essence soient présentes dans la région alors qu’elles sont absentes ou rares ailleurs en Suisse. Comme par exemple les lichens Gyalecta ulmi et Lobaria pulmonaria, ce dernier étant un excellent indicateur de la qualité de l’air.

Comme pour d’autres essences d’arbres, la préservation des vieux érables est importante pour un nombre très élevé d’espèces dites « saproxyliques » (qui profitent du vieux bois ou du bois mort). L’un des résultats des analyses du projet Infrastructure écologique des Parcs Chasseral et du Doubs montre que ces espèces nécessitent une attention particulière. Elles sont très nombreuses mais souvent très peu connues. Ces espèces nécessitent de meilleures connaissances et la mise en place d’une collaboration à long terme entre forestiers, biologistes et propriétaires de forêts.

Malgré la plantation de plusieurs centaines de jeunes érables via par exemple les plans de gestions intégrés des pâturages boisés, les réserves forestières sur Chasseral et le projet de Chemin des Anabaptistes, le manque de renouvellement de ces arbres est flagrant. On peut dès à présent retrousser ses manches pour semer aujourd’hui les baobabs de demain !

Afin de mettre en place un projet en ce sens, nous invitons tous les propriétaires intéressés à prendre contact avec la cellule Infrastructures écologiques.

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