Un arbuste aux multiples vertus

Qui s'y frotte s'y pique ! Celui qui saura récolter les baies de cette plante pionnière les utilisera comme antiseptique ou comme digestif. Portrait d'un arbuste aux vertus multiples.

Pour les distillateurs, je suis à la base du gin. Pour les producteurs de viande fumée, je suis une essence aux vapeurs à la fois aromatiques et antiseptiques. Pour les herbivores, je suis une plante trop piquante pour être broutée. Pour les biologistes, j’accueille un insecte xylophage très rare. Pour les amateurs de choucroutes, je suis un condiment… Je suis, je suis ? le genévrier !

Tout le monde le connaît, ou presque. Chez nous, les genévriers appartiennent tous à l’espèce appelée genévriers communs (Juniperus communis), largement répandue dans toute l’Europe. Tous ? Oui, sauf quelque pieds de genévriers de sabine découverts il y a une dizaine d’années dans les vires rocheuses inaccessibles de la Combe-Grède.

Le genévrier est une plante pionnière. Elle ne peut se développer abondamment que lorsque les conditions sont favorables, par exemple quand un pâturage est abandonné. Comme le pin, c’est une plante que l’on peut trouver sur tous les types de sols, dans des endroits très secs comme les arêtes rocheuses des Sommêtres, près du Noirmont, ou, à l’inverse, dans des endroits humides comme la tourbière de la Chaux d’Abel. Le genévrier aime le soleil. Dès qu’une forêt dense s’installe, le voilà qui disparaît, laissant la place à plus grand que lui.

Le genévrier a de tout temps été utilisé comme condiment ou pour ses propriétés antiseptiques et diurétiques. On le met dans la choucroute pour faciliter la digestion.

Nos ancêtres ont dû rapidement inventer des techniques pour récolter les baies sans se piquer. En effet, les aiguilles sont d’agressives petites piques : même les chèvres ne s’y frottent pas ! Une des techniques pour les récolter consiste à couper au sécateur une ou deux branches avec des baies bien mûres (un beau bleu-noir est nécessaire pour s’assurer qu’on a affaire à des pives de 2-3 ans). On fouette les rameaux au-dessus d’un grand parapluie, puis on attend un jour avec du vent. On fait sauter le tout : le vent sèmera les aiguilles, et l’on récolte les billes noires. Ensuite, séchage et consommation dans l’année. Rien de plus simple.

Le genévrier mérite d’être conservé et protégé, car c’est un arbuste qui marque profondément le caractère de certains de nos pâturages, leur donnant cette teinte sauvage et méditerranéenne si particulière. Dans quelques rares stations du Jura bernois, et notamment dans un secteur du bas-vallon de la Suze, le genévrier constitue l’habitat unique d’un petit insecte, le poecile glabre (Poecilium glabratum). Les larves de ce petit xylophage se nourrissent uniquement du bois de genévrier sans menacer la survie de l’arbuste car elles s’attaquent en priorité aux petites branches desséchées.

Cette espèce n’est connue en Suisse que de la région autour de Moutier et de quelques sites valaisans (cf. article). Elle est considérée en danger d’extinction (catégorie EN de la liste rouge) car les prairies et pâturages secs avec genévriers ont fortement régressé ces dernières décennies. Notre responsabilité pour son maintien en Suisse est donc élevée, et des mesures pour promouvoir le genévrier - comme par exemple la réouverture et la réexploitation d’anciens pâturages - seront nécessaires et figureront dans le programme de mesures du projet d’Infrastructures écologiques.

Et pourquoi ne pas favoriser cette espèce en redécouvrant ses utilisations possibles ? Producteurs et amateurs de produits du terroir, soyez créatifs : le genévrier attend vos idées d’utilisation pour retrouver sa place tant dans nos assiettes que dans la nature !

 

 

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by moxi