Prés et pâturages humides à populages

Il n’y a pas que les hirondelles qui font le printemps, le populage en est aussi l’un de ces annonciateurs. Comme son nom l’indique, le populage des marais ne vit que là où les sols sont détrempés d’eau.
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Il n’y a pas que les hirondelles qui font le printemps, le populage en est aussi l’un de ces annonciateurs. Cette grosse renoncule jaune, reconnaissable à ses grandes feuilles rondes, signale aussi le temps des grenouilles, la sortie des morilles et la magie des giboulées du mois d’avril. Comme son nom l’indique, le populage des marais ne vit que là où les sols sont détrempés d’eau : il forme un milieu naturel particulier et bio-indicateur.

Présent un peu partout mais jamais en grande quantité au bord de nos rivières et de nos étangs, le populage des marais (Caltha palustris) abonde sur certains sols humides : il forme alors un milieu naturel qui porte son nom : le « calthion ». En français, la « prairie à populage ».

Il existe de nombreux types différents de prairies à populages chez nous, dans des ambiances très variées qui font la richesse et la beauté des Parcs Doubs et Chasseral.

De superbes pâturages à populages sont situés sur les massifs du Chasseral, du Mont d’Amin et du Montoz. Là, peu de temps après la fonte des neiges, le populage recouvre les combes de ses grandes fleurs jaunes. On se trouve ici dans un milieu montagnard : les crocus poussent non loin dans les zones moins humides, l’ambiance est fraîche et les pipits des arbres s’élancent des sapins pour chanter. Le calthion grouille de vie à cette saison : de nombreux criquets (comme par exemple la miramelle alpine) et papillons s’y nourrissent et servent de proies aux pipits des arbres.

Sur les plateaux, aux abords des tourbières des Franches-Montagnes et dans certaines combes, le populage montre aussi de très belles populations. Mélangés avec d’autres types de marais, les pâturages à populages font souvent la transition entre les zones marécageuses protégées et les pâturages exploités par l’agriculture et les forestiers. La mosaïque et les transitions entre ces différents types de marais constituent des ensembles de milieux particulièrement riches pour la biodiversité de notre région.

Des plateaux au fond du canyon du Doubs ou au bord du Seyon, il n’y a que quelques minutes à vol d’oiseau. Suffisant pour changer drastiquement le visage de notre calthion. Ici, le populage fait ses stations dans les alluvions déposées par les rivières, là où la nappe phréatique du cours d’eau affleure. Sur la carte, on voit bien l’importance de ces secteurs pour le calthion au Goudebas et au bord du Seyon. Au bord du Doubs, c’est avec le populage que l’on trouve aussi, parfois, la malheureusement très rare fritillaire pintade (Fritillaria meleagris).

Indicateur des sols humides, le populage des marais est un marqueur vivant de nos paysages : il signale les couches d’argiles imperméables dans les combes de nos montagnes et des Franches-Montagnes, il témoigne d’une forme traditionnelle d’exploitation extensive des herbages autour des tourbières et zones marécageuses des Franches-Montagnes, et enfin il marque les secteurs ou la nappe phréatique des rivières affleure au printemps. Ces différentes ambiances ne se voient pas sur la carte ci-dessous, à vous d’aller visiter ces différents types de calthions sur le terrain : les populages sont en ce moment (avril) en pleine floraison.

Les endroits où le populage des marais pousse abondamment méritent une gestion extensive par l’agriculture ; ce sont des secteurs souvent de petite dimension qui ne conviennent d’ailleurs pas à un autre mode d’exploitation sur le moyen et long terme. Ils constituent la trame de fond des milieux humides, laquelle devra être reconstituée un peu partout pour permettre aux animaux des milieux humides de se maintenir chez nous.

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