Prairies et pâturages séchards

Voilà l’un des milieux naturels les plus riches de la région, un véritable hôtel à sauterelles, criquets et papillons.
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Voilà l’un des milieux naturels les plus riches de la région. On peut y trouver plus de 75 espèces de plantes sur une surface de 10 m2 ! La faune n’est pas en reste. Une bonne partie des sauterelles et des criquets dépendent de ces milieux, tout comme de nombreux papillons y trouvent leurs plantes-hôtes sur lesquelles ils pondent leurs œufs, les petits papillons bleus (argus) en tête.

Ceux-ci s’observent souvent dans les prairies sèches, là où sainfoin, hippocrépide et lotier sont bien représentés. Ces plantes-hôtes des nombreux argus sont abondantes dans les prairies exposées au soleil et non engraissées. Les amateurs de champignons connaissent aussi la valeur de ces milieux, ils y trouveront en septembre les agarics champêtres et au printemps les délicieux mousserons de la St-George. Un régal pour ceux qui se lèvent plus tôt que les limaces !

En été, les prairies thermophiles sont sans doute le milieu ou il est le plus aisé de voir, d’entendre et de sentir la biodiversité dans nos régions. Les criquets stridulent, les grands papillons noir et blanc (demi-deuils, silènes) volettent entre les tiges des bromes, le sol bruisse de l’activité des fourmis et cela sent tout simplement bon.

La carte ci-dessus représente en jaune les endroits avec les meilleures prairies maigres et en bleu des secteurs ou les espèces de prairies maigres sont peu abondantes mais pourraient l’être plus.

Cette carte permet de bien comprendre les enjeux régionaux de ce milieu naturel. Elle montre bien les secteurs les plus riches (en premier lieu le Clos du Doubs et les pâturages et prairies maigres du Jura bernois entre Corgémont, Plagne et les Prés-d’Orvin). Cependant de nombreux secteurs avec des prairies maigres n’apparaissent pas, par exemple dans le Vallon de Saint-Imier entre Cortébert et Renan.

Il est vrai qu’une différence qualitative est à signaler : un nombre élevé d’espèces de papillons, d’abeilles sauvages, de champignons ou encore de plantes sont signalés dans les prairies maigres de la région d’Orvin – Plagne – Péry – Sonceboz – Corgémont mais bien moins ailleurs. La quantité de prairies maigres dans ces secteurs joue sans doute un rôle à cela, autorisant à un nombre élevé d’espèces spécialisées d’y trouver de bonnes conditions de vie.

L’enjeu pour ces milieux thermophiles est double. D’une part, préserver et d’agrandir les réservoirs existants, améliorer la connexion entre ces milieux d’autre part. Ceci est faisable grâce à des mesures de mise en réseau de prairies de fauches naturelles ou maigres, par exemple en lisière de forêt à l’adret, ou par la création de forêts claires thermophiles qui permettent la circulation de certaines espèces thermophiles.

Les études de bases sont en cours pour déterminer quelles sont les mesures prioritaires dans la préservation de ces milieux pour les 15 prochaines années dans le périmètre des Parcs Chasseral et du Doubs. Ces deux parcs – situés en plein centre de l’Arc jurassien – ont une responsabilité particulière pour interconnecter ces milieux entre eux et avec ceux des régions voisines. En effet, de par leur situation géographique, ils servent de plate-forme d’échange entre les prairies maigres de l’est et de l’ouest de l’Arc jurassien, mais aussi entre les zones sèches du pied sud du Jura et les milieux identiques que l’on retrouve dans la vallée du Doubs et plus loin en Alsace.

En 1900, il existait en Suisse environ 761 km2 de prairies et pâturages secs. On en dénombre seulement 37 km2 à l’heure actuelle. Quelque 95% de ces surface ont donc disparu en un siècle. On le pressent tout de suite à la lecture des cartes et des chiffres, il ne sera pas possible de maintenir les espèces de ces milieux sans une mise en réseau via les milieux forestiers, agricoles et urbains.

La conservation des praires thermophiles représente un enjeu global. Il ne suffit pas de protéger ces milieux, il faut les entretenir correctement, ce qui n’est pas si simple. Une difficulté est le temps à consacrer à cet entretien, élevé si on ne prend pas des moyens mécaniques, qui ont tous des impacts pour la biodiversité.

Par exemple, la pratique assez récente du « mulching » (tonte des buissons et zone de refus avec une faucheuse rotative) est très néfaste pour la faune. Une part importante des chrysalides de papillons sont situées à 5 cm du sol et détruites lors du passage de ces engins. La difficulté tient aussi au fait que les activités humaines en Suisse sont une source importante d’azote qui part dans l’atmosphère et retombe avec les précipitations, ajoutant ainsi une couche d’engrais sur des milieux qui ne le supportent pas.

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by moxi